CGLU Afrique et l’Afrique des territoires rendent hommage à Jean Pierre Elong Mbassi

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Tenue des sessions statutaires des instances de CGLU Afrique 

CGLU Afrique et l’Afrique des territoires rendent hommage à Jean Pierre Elong Mbassi

 

Par Franck S. KINNINVO, 

Expert en Communication et en Gouvernance Locale

 

Kisumu, sur les rives du lac Victoria, a ceci de particulier qu’elle sait donner aux mots une densité. Le 19 décembre 2025, dans la lumière calme d’une ville devenue, depuis Africités, un symbole de la montée en puissance des collectivités africaines intermédiaires, les instances de CGLU Afrique tiennent leurs sessions statutaires. Elles regardent devant elles (agenda 2026, échéances électives, recomposition de la gouvernance), mais elles prennent aussi le temps, rare et significatif, de regarder derrière elles : vers un homme, une méthode, une histoire institutionnelle. Ce jour-là, à l’issue des délibérations, il est acté que le Secrétaire Général sortant se voit reconnaître le statut d’Envoyé spécial de CGLU Afrique, rattaché directement au leadership politique et mobilisable pour des missions spécifiques : une formule sobre, mais un hommage lourd de sens. Dans le langage feutré des organisations internationale, ce type de décision n’est jamais anodin. Il dit, sans emphase, que cet homme, Jean Pierre Elong Mbassi, M. Décentralisation en Afrique a impacté l’Afrique et ses territoires pendant plus de trois décennies. Il dit qu’un passage de témoin se veut continuité, et non effacement. Et il dit surtout que, pour CGLU Afrique, le parcours de Jean Pierre Elong Mbassi a été plus qu’une fonction : une matrice, celle d’une diplomatie des territoires, patiemment bâtie entre expertise urbaine, ingénierie institutionnelle et plaidoyer panafricain. A cette occasion solennelle, lemondelocal.bj et le journal Le Municipal qu’il a porté depuis le Partenariat pour un Développement Municipal, ont décidé de lui rendre un hommage bien mérité.

Kisumu 2025 : un hommage institutionnel, une continuité organisée

Le communiqué officiel des sessions du Comité Exécutif (18 décembre) et du Conseil Panafricain (19 décembre) rappelle le cadre : réunions de haut niveau, sous la Présidence de Mme Fatimetou Abdel Malick, Présidente de la Région de Nouakchott en Mauritanie, et Présidente en exercice de CGLU Afrique dont une des séquences majeures a été consacrée au recrutement du nouveau Secrétaire Général. 22 candidatures, 5 présélectionnés, 3 retenus pour des entretiens finaux en présentiel à Rabat.

C’est dans ce moment de transition que se situe l’hommage : compte tenu du rôle joué par le Secrétaire Général sortant dans le développement et la mise en œuvre de CGLU Afrique, le Conseil Panafricain décide de lui accorder le statut d’Envoyé spécial, relevant directement du leadership politique et chargé des missions qui lui seront confiées en tant que de besoin.

Cette reconnaissance est, à sa manière, un acte de gouvernance. Elle signifie :

  • que l’institution ne réduit pas une trajectoire à une fin de mandat ;
  • qu’elle assume une continuité d’expérience au moment même où elle organise la relève.

 

Un bilan élogieux, malgré les vents contraires

Écrire un bilan exigeant impose aussi de rappeler que les organisations panafricaines traversent des tensions : ressources incertaines, attentes politiques élevées, pressions de redevabilité, parfois controverses publiques. Des médias ont, ces derniers mois, évoqué une crise et des débats internes autour de la gouvernance et des finances de CGLU Afrique. Mais précisément, l’hommage de Kisumu prend ici une valeur supplémentaire : il intervient au moment où l’organisation choisit de reconnaître la contribution du Secrétaire Général sortant, non en déni des difficultés, mais au nom de ce que son action a rendu possible : une présence continentale structurée, une parole africaine locale installée dans les forums mondiaux, et un mouvement municipal africain doté de ses grands rendez-nous et de ses instruments.

 

De l’urbanisme au service public continental

Jean Pierre Elong Mbassi est d’abord un urbaniste au sens plein, un professionnel formé à lire les villes comme des organismes vivants, et les politiques publiques comme des architectures de long terme. Plusieurs biographies institutionnelles situent le début de sa trajectoire en France, à l’Agence Coopération et Aménagement, où il exerce des fonctions de Chargé d’études et puis Chargé de missions dans les années 1970.

Il revient ensuite sur le continent avec un marqueur décisif : la conduite, au Cameroun, du premier projet urbain cofinancé par la Banque mondiale, centré sur la restructuration et l’aménagement d’une vaste zone d’habitat précaire à Douala. Dans une Afrique urbaine encore trop souvent pensée à partir de l’État central, cette expérience forge un réflexe qui ne le quittera plus : celui de partir du terrain, des services, de la gestion concrète ; bref, de la ville réelle.

Ce socle initial à partir du terrain explique la suite de sa longue et riche carrière au service de la décentralisation et du développement local en Afrique, carrière qui l’a mené au PDM puis à CGLU Afrique. JPEM n’a jamais parlé de décentralisation comme d’un slogan : il l’a portée comme un sacerdoce et une capacité (administrative, financière, politique) à construire et à formaliser des approches et outils en vue de transformer les territoires pour améliorer concrètement les conditions et le cadre de vie de ses habitants.

 

Le PDM ou la décentralisation comme école de rigueur

De mars 1992 à mars 2007, Jean Pierre Elong Mbassi occupe le poste de Coordinateur puis de Secrétaire Général du Partenariat pour le Développement Municipal (PDM/MDP), basé à Cotonou au Bénin, pour le bureau Afrique de l’Ouest et Afrique centrale. Cette séquence est fondamentale : elle le place au cœur des années où de nombreux États africains expérimentent, parfois douloureusement et avec réticence, la décentralisation comme piliers essentiels des processus de renouveau démocratique : La production intellectuelle riche et diversifiée du PDM :  réformes de l’administration territoriale, transferts de compétences,  décentralisation fiscale, mobilisation des ressources propres, mécanismes de financement municipal, mise en place de systèmes de péréquation, développement économique local et marketing territorial, dispositifs de planification urbaine et  locale, etc. ; création des associations nationales des collectivités ; organisation des Sommets Africités, autant d’initiatives   qui ont laissé une marque indélébile de l’action du PDM sous le leadership de Jean Pierre Elong Mbassi. Cette période au PDM est aussi celle d’un style : une exigence d’outillage, de comparaisons, de capitalisation des expériences. Autrement dit, la conviction qu’une réforme ne “tient” que si elle devient savoir effectif et partagé. Parallèlement Jean Pierre Elong Mbassi est actif sur le plan de la structuration du mouvement africain et mondial des collectivités territoriales.

 

WACLAC : diplomatie mondiale des villes

En parallèle, de 1996 à 1999, Jean Pierre Elong Mbassi devient le premier Secrétaire Général de la WACLAC (World Association of Cities and Local Authorities Coordination), avec siège à Genève, une coordination créée à la suite de l’organisation de la toute première assemblée des villes et des associations des collectivités territoriales dans le cadre d’une réunion des Nations Unies, le Sommet Habitat II d’Istanbul. Ce moment est souvent moins abordé, alors qu’il inaugure une réalité devenue centrale aujourd’hui : les villes et gouvernements locaux ne sont pas seulement des exécutants des politiques nationales ; ils sont des acteurs des politiques publiques à part entière, capables de s’organiser et de parler d’une voix collective sur des sujets aussi structurants que l’habitat, les services urbains, la mobilité, le climat ou les finances locales. Ce passage par WACLAC est, en quelque sorte, la répétition générale d’une carrière qui fera de lui un artisan de la représentation politique des territoires africains dans les enceintes internationales.

 

2005–2025 : CGLU Afrique, la maison panafricaine des territoires

C’est à partir des débats des Sommets Africites qu’est apparue la nécessité de construire une parole unifiée des collectivités territoriales d’Afrique qui appartenaient à des regroupements des collectivités héritées de l’époque coloniale.  Le Congrès Fondateur de l’organisation continentale tenu en mai 2005 à Tshwane, nomme Jean-Pierre Elong Mbassi Secrétaire Général de CGLU Afrique, avec comme mission d’établir son siège à Rabat, où CGLU Afrique jouit du statut diplomatique en tant qu’organisation internationale panafricaine au Maroc.

CGLU Afrique est le fruit d’un processus d’unification du mouvement municipal en Afrique conduit de main de maître par JPEM. A la tête de CGLU Afrique, Jean Pierre Elong Mbassi parachève le vivre ensemble des collectivités territoriales d’Afrique pourtant issues des traditions administratives et linguistiques différentes. Après les villes capitales et les métropoles, JPEM a pris en main les villes intermédiaires.

 

Un premier bilan à la tête de CGLU Afrique

A la tête de CGLU Afrique, M. Décentralisation en Afrique a professionnalisé et pousser la gouvernance locale vers des standards d’ingénierie (finances, management, planification, ressources humaines, performance publique). L’histoire institutionnelle de CGLU Afrique met en avant, au fil des années, la consolidation de réseaux, d’académies, de dispositifs d’appui et de plateformes thématiques — autant d’instruments destinés à transformer l’intention politique en capacités effectives. Il a également positionné les collectivités territoriales africaines dans les grandes conférences internationales. La voix des collectivités territoriales africaines résonne dans les grands rendez-nous du développement durable, du climat et de l’urbanisation, là où les décisions se prennent et où les financements se négocient. La présence régulière d’Elong Mbassi comme intervenant/personne ressource dans des cadres onusiens et multilatéraux en témoigne.

 

Africités : chef d’œuvre de Jean Pierre Elong Mbassi puis de CGLU Afrique

S’il fallait retenir une seule scène qui mobilise les territoires d’Afrique et oriente les politiques de décentralisation durablement, elle serait, sans nul doute, Africités. Jean Pierre Elong Mbassi est souvent présenté comme l’homme derrière Africités, dont il supervise l’organisation depuis la première édition (1998). La formule est forte, et elle est éclairante : Africités n’est pas un événement de plus dans un calendrier institutionnel ; c’est un parlement périodique des territoires africains, une chambre d’écho où se rencontrent maires, présidents de régions, administrations, bailleurs, secteur privé et société civile. D’abord organisés exclusivement dans les grandes, Jean Pierre Elong Mbassi lançait un pari fou : celui d’organiser la 9ème édition du Sommet Africites dans une ville intermédiaire, la ville de Kisumu au Kenya. Pari doublement gagnant puisque le Sommet de Kisumu est celui qui a connu la plus grande participation de tous les Sommets organisés jusque-là avec 13 000 participants ; Africites Kisumu a ouvert les yeux sur le potentiel mal connu et mal exploité que représentent les villes intermédiaires pour le développement durable des pays africains. Kisumu a véritablement inauguré une autre manière de considérer les villes intermédiaires en Afrique et l’on peut dire que grâce à la clairvoyance de Jean Pieere Elong Mbassi, la ville de Kisumu s’est positionné sur la carte du monde, et les nombreux investissements qui se sont concrétisés dans la ville après le Sommet Africites montre le rôle précurseur de Jean Pierre Elong Mbassi sur cette bifurcation majeure ayant consisté à attirer l’attention sur le rôle des villes intermédiaires dans la transformation structurelle de l’Afrique.

 

Alliances stratégiques : Cities Alliance, science urbaine, coopération sino-africaine des collectivités territoriales

Le bilan d’Elong Mbassi se lit aussi dans les coalitions qu’il a su fréquenter et, parfois structurer. JPEM a été Chairman du Cities Alliance Interim Management Board jusqu’en avril 2016, et occupe des rôles dans des plateformes internationales liant villes, science et coopération interrégionales comme l’Initiative pour la Gouvernance de l’Eau de l’OCDE,  Water Governance Initiative,  forum Chine Afrique des collectivités locales, etc.. Cette dimension est stratégique : elle place CGLU Afrique à l’intersection de trois leviers décisifs — la réforme institutionnelle, le financement et l’innovation, dans une période où les villes africaines concentrent simultanément croissance démographique, vulnérabilités climatiques et aspirations sociales.

« Le Monsieur Décentralisation et développement local en Afrique» est aussi un défenseur ardent des plus démunis. D’où l’engagement de la collaboration entre CGLU Afrique et Slums Dwellers International (SDI) le réseau des habitants des quartiers pauvres des villes d’Afrique. Ceci souligne une posture à la fois politique et éthique. Ce qui frappe, dans cette posture, c’est la méfiance à l’égard d’une gouvernance qui se satisferait des débats sans transformer la vie réelle des populations. Et c’est, surtout, la place accordée à la justice urbaine : refuser l’accoutumance à l’inacceptable, refuser que les plus fragiles soient durablement “hors champ”.

Jean-Pierre Elong Mbassi SG CGLU Africa

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