Accès universel à l’eau potable à Manigri (commune de Bassila)
Une révolution hydraulique au cœur du département de la Donga
À Manigri, l’un des plus vastes arrondissements de la commune de Bassila, la question de l’accès à l’eau potable a longtemps représenté un véritable défi. L’État béninois, à travers l’Agence nationale d’approvisionnement en eau potable en milieu rural (ANAEPMR), y a mis en service un Système d’Adduction d’Eau Potable Multi-Villageois (SAEPmV) de grande capacité. Ce système dessert désormais 14 villages et localités dont Idi Agougou, Agoougou Igbèrè, Aye Wananngni, Modogui, Mokafò, Odo Kpako 1 et 2, et Wannou Lokpa, pour une population estimée à plus de 7 500 habitants en 2022 et projetée à 14 600 habitants à l’horizon 2041.
Des infrastructures modernes et adaptées
Le dispositif technique mis en place témoigne du sérieux des investissements.
Le système comprend :
- Trois forages équipés, avec des débits respectifs de 12 m³/h, 8 m³/h et 6 m³/h, alimentés par des groupes électrogènes de 17 à 25 kVA.
- Un château d’eau de 100 m³ élevé à 20 mètres sous cuve, garantissant une pression suffisante pour alimenter l’ensemble du réseau.
- Un réseau de distribution de plus de 31 km de canalisations en PVC (diamètres 160 à 75 mm), assurant la couverture des localités les plus éloignées.
- 18 bornes-fontaines publiques, réparties stratégiquement pour réduire les distances et le temps d’attente.
Ces infrastructures traduisent la volonté du gouvernement de moderniser le service public de l’eau en milieu rural et d’atteindre l’objectif de l’accès universel avant 2030.
Une souffrance silencieuse des ménages depuis les indépendances
Avant cette transformation, les habitants de Manigri et des villages environnants vivaient une pénurie chronique d’eau potable. Le chef du village d’Igberet, M. Biaou Patrice, se souvient : « L’accès à l’eau posait un vrai problème. Nous ne disposions que d’une seule pompe. Les femmes se levaient très tôt pour espérer puiser de l’eau, ce qui compliquait leur vie quotidienne. » L’eau des mares et rivières était alors la principale source, avec des conséquences sanitaires désastreuses : maladies hydriques, parasitoses et charges médicales accrues pour les familles.
Une amélioration tangible de la santé et du bien-être
Depuis la mise en service du SAEP de Manigri, les effets sont immédiats.
Le même chef de village témoigne : « Aujourd’hui, avec l’eau du château, nous sommes beaucoup moins malades. Notre santé s’est améliorée, et les problèmes liés à l’eau insalubre ont fortement diminué. » Les populations notent une réduction sensible des maladies diarrhéiques et une hausse du taux de fréquentation scolaire, les enfants n’ayant plus à parcourir de longues distances pour l’eau. Les femmes, principales victimes de la corvée d’eau, consacrent désormais ce temps gagné à leurs activités économiques et familiales.
Une tarification sociale qui favorise l’inclusion
Grâce à la réforme nationale, l’eau potable est désormais accessible à un tarif socialement soutenable 15 francs cfa la bassine de 25 litres. « Le coût actuel est raisonnable et nous convient. Beaucoup de familles ont pu prendre des branchements. » explique M. Biaou Patrice. Le branchement domestique subventionné à 10 000 F CFA et le prix national de 15 F CFA pour un bidon de 25 litres permettent à la population de consommer une eau saine sans risque de retomber dans les anciennes habitudes.
Un service professionnalisé et participatif
L’exploitation du réseau est confiée à la SBA des Eaux. Selon son chef d’agence pour la Donga, M. Romarix Dakpèdé, « La réforme engagée par le gouvernement vise à professionnaliser l’approvisionnement en eau potable en milieu rural. Elle améliore la continuité, la qualité et la transparence du service. » La SBA assure le suivi des installations, la maintenance préventive, la formation des fontainiers (souvent des femmes), et le recouvrement régulier des factures. Cette approche professionnelle crée une dynamique locale vertueuse et garantit la pérennité des infrastructures.