Angélique Kidjo au Bénin : des progrès salués, un engagement renouvelé pour les enfants et les filles
De retour au Bénin après plusieurs années d’absence, l’artiste internationale et ambassadrice de bonne volonté de l’Unicef, Angélique Kidjo, a dressé un bilan à la fois encourageant et exigeant des actions menées en faveur de la protection de l’enfance et de l’autonomisation des filles. Elle s’exprimait lors d’une conférence de presse marquant la fin d’une tournée de terrain conduite aux côtés de l’Unicef et de la Fondation Batonga, qu’elle a fondée il y a vingt ans.
Pendant trois jours, la chanteuse béninoise a sillonné plusieurs localités du pays afin de constater l’impact réel des programmes soutenus par l’Unicef et des initiatives portées par la Fondation Batonga. Une immersion saluée par le représentant résident de l’Unicef au Bénin, Ousmane Niang, qui a souligné l’importance de cet engagement de terrain. « Angélique Kidjo a passé plusieurs jours à nos côtés pour visiter les programmes et renforcer nos plaidoyers en faveur des droits des enfants. Nous lui exprimons toute notre reconnaissance », a-t-il déclaré. Pour Codou Diaw, directrice exécutive de la Fondation Batonga, ce retour revêt une forte portée symbolique. « Le Bénin est l’âme de Batonga, là où tout a commencé. Après plusieurs années d’absence, notre fondatrice a voulu revenir pour mesurer l’impact concret de nos actions », a-t-elle expliqué.
La délégation s’est notamment rendue à Savalou, dans le département des Collines, où Angélique Kidjo a inauguré une unité de transformation agroalimentaire destinée à renforcer les activités économiques de près de trente cercles d’affaires Batonga. Chaque cercle regroupe une vingtaine de femmes engagées dans la transformation de céréales et de produits agricoles locaux. La visite a également permis d’évaluer les progrès réalisés auprès des adolescentes membres des clubs de leadership Batonga. Certaines jeunes filles, accompagnées depuis plusieurs années, étaient présentes à la conférence. « La fondation a aujourd’hui vingt ans. Elle a grandi, mûri et produit des résultats tangibles », a souligné Codou Diaw, évoquant le parcours d’anciennes bénéficiaires devenues aujourd’hui des responsables locales, à l’image de celle qui dirige l’antenne de Bohicon. Au-delà de l’autonomisation économique, la Fondation Batonga œuvre à une transformation sociale durable. Angélique Kidjo a ainsi rencontré des “champions pour l’égalité”, des hommes engagés dans la promotion de l’égalité de genre au sein de leurs communautés. « Leur témoignage montre combien l’implication des femmes dans les programmes Batonga a un impact positif sur les familles et les communautés », a indiqué la directrice exécutive.
Des avancées saluées, des défis persistants
Présente à la conférence, Zeynab Abib, ambassadrice de bonne volonté de l’Unicef au Bénin, a mis en lumière des initiatives locales encore trop peu médiatisées. « Il existe des filles remarquables qui produisent aujourd’hui des couches hygiéniques artisanales pour préserver leur santé. Ces réussites méritent d’être davantage valorisées », a-t-elle plaidé, appelant à une meilleure visibilité des actions positives. Très émue, Angélique Kidjo a exprimé sa satisfaction face aux progrès observés, notamment en matière de nutrition infantile. « Si l’on m’avait dit que le gouvernement investirait aussi rapidement dans la nutrition des enfants, je ne l’aurais pas cru », a-t-elle reconnu, saluant la collaboration entre l’État béninois et l’Unicef. La visite de l’unité de néonatologie de Zogbodomey l’a particulièrement marquée. « Il faut voir le dévouement du personnel pour comprendre. Ces femmes et ces hommes se battent pour que les enfants survivent, grandissent et aient un avenir », a-t-elle confié. Au fil des échanges avec les communautés, l’artiste a recueilli plusieurs doléances, notamment en matière d’accès à l’eau potable, de crèches, d’espaces économiques pour les femmes et d’initiatives écologiques dans les écoles. Elle a salué les projets de potagers biologiques, de valorisation des déchets et l’alimentation des cantines scolaires à partir de produits locaux.
Un plaidoyer pour la confiance et l’inclusion
« J’en ai assez de voir nos pays tendre la main en permanence. Le potentiel est immense. Ne pas croire en ce que nous pouvons produire nous-mêmes, c’est refuser de nous donner de la valeur », a martelé Angélique Kidjo. Pour elle, le développement durable ne peut se construire sans une véritable synergie entre femmes et hommes. « Les femmes sont des leaders, mais les hommes et les garçons doivent aussi être engagés. On ne bâtit pas une société en considérant la femme comme un objet », a-t-elle insisté.
En conclusion, Angélique Kidjo a réaffirmé la vision qui guide ses engagements : « Nos maîtres-mots sont fluidité et agilité. Nous continuerons à évoluer, à innover et à inclure davantage de personnes dans des programmes qui améliorent concrètement les conditions de vie ». Reconnaissant les défis persistants, elle a néanmoins salué la volonté des autorités béninoises de renforcer leur collaboration avec l’Unicef, notamment à travers la digitalisation des campagnes de vaccination. À travers cette tournée et cette prise de parole, Angélique Kidjo rappelle avec force que l’investissement dans les enfants et les filles demeure l’un des leviers les plus sûrs pour bâtir un développement durable, inclusif et porté par la confiance en nos propres capacités.
Irédé David R. KABA