Associations de consommateurs d’eau potable ACEP : L’ANAEPMR sonne la remobilisation citoyenne autour du service public de l’eau

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À travers un atelier national d’information et de concertation, tenu à la Coupole du Ministère des Affaires Etrangères à Cotonou ce 26 mars 2026, l’Agence nationale d’approvisionnement en eau potable en milieu rural (ANAEPMR) veut redonner souffle et efficacité aux Associations de consommateurs d’eau potable (ACEP). En ligne de mire : remettre les usagers au cœur de la gouvernance de l’eau, harmoniser les interventions sur le terrain et bâtir un cadre national de concertation capable de relancer durablement la veille citoyenne en milieu rural. Cet atelier a connu la participation des Ministères en charge de l’Eau, de la Décentralisation, des Préfectures, des Communes, des associations de communes et intercommunalités, de l’ANCB et des Acteurs Non Etatiques du secteur de l’Eau.

À l’heure où le Bénin poursuit la réforme de son service public de l’eau potable en milieu rural, l’ANAEPMR entend rappeler une évidence trop souvent négligée : les infrastructures, à elles seules, ne suffisent pas. Derrière les forages, les systèmes multi-villages et les nouveaux mécanismes de gestion, il faut aussi des citoyens organisés, capables d’observer, d’alerter, d’interpeller et de défendre l’intérêt des usagers. C’est tout le sens de l’atelier national d’information, de concertation et de sensibilisation initié par l’Agence à l’intention des acteurs non étatiques pour l’accompagnement des ACEP. L’objectif est clair : mutualiser les interventions, harmoniser les approches et construire une dynamique nationale pour remettre ces associations au centre du dispositif.

 

Les ARCEP, des acteurs stratégiques mais encore faibles

Longtemps considérées comme des maillons de proximité, les Associations de consommateurs d’eau potable jouent un rôle majeur de veille citoyenne et de défense des intérêts des usagers. Nées dans un contexte où les communes portaient plus directement la planification et la gestion des ouvrages, elles disposent d’un ancrage local qui leur permet de capter les plaintes, de relayer les préoccupations communautaires et de contribuer à l’amélioration de la qualité du service public de l’eau. Avec la modernisation du secteur et la professionnalisation de la gestion, leur rôle devient même plus stratégique encore : elles peuvent aider à sensibiliser les populations aux bonnes pratiques de consommation, à la préservation des ouvrages et à la contribution financière nécessaire à la pérennité du service.

Mais sur le terrain, la réalité est moins reluisante. Plusieurs études menées entre 2019 et 2025 ont révélé des dysfonctionnements profonds : défaut d’enregistrement légal à la préfecture, faiblesse du fonctionnement organique, insuffisance de collaboration avec les mairies, faible représentativité des femmes et des jeunes dans les instances de décision. Autrement dit, des structures censées porter la voix des usagers se sont parfois essoufflées, désorganisées ou marginalisées au moment même où leur utilité devenait cruciale.

L’intervention de l’ANAEPMR

Face à ces constats, l’ANAEPMR, en lien avec le Secrétariat permanent de la CONAFIL, a déjà engagé plusieurs actions correctrices. Une boîte à outils a été conçue à l’intention des communes. Des sessions de dissémination ont été organisées dans plusieurs départements. Des ateliers de formation ont ciblé les secrétaires exécutifs et les responsables eau et assainissement. Surtout, 76 plans d’action communaux ont été élaborés pour soutenir la mise en place et l’opérationnalisation des ACEP. À cela s’ajoute un travail de capitalisation des interventions conduites par les ONG et projets déjà engagés sur la question. L’atelier national apparaît donc comme une étape charnière : il ne s’agit plus seulement de diagnostiquer, mais de coordonner, d’aligner et d’accélérer.

Pour Monique Z. Gbaguidi, personne ressource à l’ANAEPMR, la situation impose une réorganisation de la société civile autour de la qualité du service de l’eau. Même tonalité chez Pacôme Ahokpossi, assistant du directeur général de l’Agence, qui insiste sur la nécessité de mettre en place un cadre national de concertation et une feuille de route capable de suivre les plans communaux déjà élaborés. Ces prises de parole donnent à l’atelier une portée politique et opérationnelle : il ne s’agit pas d’une simple rencontre technique, mais d’un effort de structuration durable de la participation citoyenne dans la gouvernance de l’eau. Les ambitions de l’atelier sont d’ailleurs nettement posées dans les termes de référence. Il s’agit de partager les résultats des initiatives déjà conduites par l’ANAEPMR et le SP/CONAFIL, d’harmoniser les approches et outils d’appui aux communes, d’identifier les bonnes pratiques et les leçons apprises des ONG et projets, de cartographier les perspectives d’accompagnement par les acteurs non étatiques, puis de définir les modalités de fonctionnement d’un cadre national, départemental et communal de concertation sur les ACEP. Le processus doit déboucher sur une feuille de route concertée pour leur redynamisation. Ce cap donne à la rencontre une dimension stratégique : bâtir enfin une réponse collective, coordonnée et lisible à l’échelle du pays.

Les résultats attendus annoncent de bonnes perspectives

Au terme de l’activité, l’ANAEPMR dispose d’un diagnostic partagé sur l’état actuel des ACEP, d’une compréhension commune de la boîte à outils et des plans d’action communaux, d’un engagement clair d’acteurs non étatiques par commune et par département, d’un cadre national de concertation adopté, d’une feuille de route opérationnelle validée et de partenariats institutionnels renforcés. En d’autres termes, la redynamisation recherchée ne doit pas rester un slogan : elle doit produire des engagements, des mécanismes de coordination et un ancrage concret dans les territoires. La force de cette initiative réside aussi dans l’ampleur de la mobilisation. La participation effective des structures du ministère de l’Énergie, de l’Eau et des Mines, du ministère en charge de la Décentralisation, des préfectures, des intercommunalités, de l’ANCB, ainsi que d’un large éventail d’ONG et d’organisations de la société civile, parmi lesquelles HELVETAS, SNV, GIZ, WANEP Bénin, Direct Aid, CARE Bénin ou encore la Maison de la Société civile. Cette diversité montre que l’ANAEPMR veut sortir d’une logique d’actions dispersées pour construire une chaîne de responsabilité partagée autour des ACEP.

L’architecture même de l’atelier confirme cette orientation.

Après l’ouverture et la présentation des objectifs, les travaux ont permis d’exposer les résultats des concertations préalables, de présenter les interventions des acteurs non étatiques intégrant le volet ACEP, puis d’organiser des groupes départementaux chargés de positionner les interventions aux niveaux communal, départemental et national. La restitution finale, suivie d’un débat sur les modalités de mise en place du cadre de concertation, doit faire émerger des recommandations directement exploitables. Là encore, la méthode traduit une volonté de passer de la parole à l’organisation.

Zachary Ramanou, président de la Fédération des ACEP du Mono, salue une initiative porteuse d’espoir. Il rappelle que ces associations ont pour mission de faire remonter les plaintes, les dysfonctionnements et les préoccupations des populations afin que le service public de l’eau reste continu, fiable et bénéfique aux communautés. Mais il alerte aussi sur un verrou majeur : le financement durable des ACEP. Sans moyens, la veille citoyenne risque de rester théorique. Sans accompagnement, les meilleures intentions risquent de s’éroder dans les villages, les arrondissements et les communes. Cette alerte donne à la redynamisation voulue par l’ANAEPMR une profondeur très concrète : restructurer, oui, mais aussi rendre viable.

Au fond, l’enjeu dépasse largement la survie administrative de quelques associations locales. Ce que cherche l’ANAEPMR, c’est à consolider un troisième pilier de la gouvernance de l’eau potable : celui de la participation citoyenne organisée. Dans un secteur où la qualité du service dépend autant de la performance technique que de la confiance des populations, les ACEP peuvent devenir des capteurs d’alerte, des relais de sensibilisation et des espaces de dialogue entre usagers, communes et opérateurs. Leur redynamisation apparaît ainsi comme une condition de la redevabilité, de la transparence et de la durabilité du service public de l’eau en milieu rural.

En engageant les acteurs non étatiques autour d’une même table, l’ANAEPMR envoie donc un signal fort : l’avenir du service public de l’eau ne se jouera pas seulement dans les chantiers et les contrats, mais aussi dans la capacité des citoyens à se structurer, à participer et à veiller. Et sur ce terrain, les ACEP ont vocation à redevenir des acteurs de premier plan.

Enock OGOUCHORO

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