Cités et Gouvernements Locaux Unis Afrique : L’Association des maires du Sénégal à travers Oumar Ba prend les rênes

0 17

Réunis du 23 au 25 mars 2026 à Nouakchott, en Mauritanie, les membres de Cités et Gouvernements Locaux Unis d’Afrique (CGLU Afrique) ont renouvelé les instances dirigeantes de l’organisation. Au terme de cette Assemblée générale élective, l’Association des maires du Sénégal (AMS), représentée par son président Oumar Ba, a été portée à la présidence pour un mandat de trois ans, marquant une nouvelle étape dans la gouvernance de la principale faîtière des collectivités territoriales africaines.

Placée sous l’égide de la Région de Nouakchott, qui assurait la présidence de l’organisation depuis 2022, cette rencontre continentale a réuni des élus locaux, des représentants institutionnels, des partenaires techniques et financiers ainsi que des membres de CGLU Afrique venus des cinq régions du continent. L’événement a constitué à la fois un moment de bilan du mandat écoulé et un temps fort de redéfinition des priorités de l’organisation dans un contexte africain marqué par des défis multiformes : urbanisation accélérée, changement climatique, pressions économiques, tensions sécuritaires et exigence croissante de territorialisation des politiques publiques.

La cérémonie d’ouverture a été présidée par le ministre mauritanien de l’Intérieur, de la Décentralisation et du Développement local, Mohamed Ahmed Lemine. À ses côtés figuraient plusieurs personnalités de premier plan, dont le ministre des Affaires économiques et du Développement, Abdallahi Ould Souleymane Ould Cheikh Sidiya, et le ministre délégué chargé de la Décentralisation, Yacoub Salem Vall. Le corps diplomatique, des représentants de CGLU Monde ainsi que des partenaires internationaux comme le PNUD, la GIZ et le FNUAP ont également pris part aux travaux, témoignant de l’intérêt stratégique accordé à la gouvernance locale en Afrique.

Dans son allocution, le ministre de l’Intérieur a replacé cette assemblée dans une dynamique de consolidation de la coopération interafricaine et de renforcement du rôle des collectivités territoriales dans la gouvernance du continent. Il a insisté sur la place croissante de la décentralisation dans les politiques publiques mauritaniennes, rappelant que les réformes engagées visent à rapprocher l’administration des citoyens et à améliorer l’efficacité de l’action publique. Au-delà du cadre mauritanien, cette intervention a donné le ton d’une assemblée centrée sur la montée en puissance des pouvoirs locaux dans la transformation des États africains.

La présidente sortante de CGLU Afrique et présidente de la Région de Nouakchott, Fatimetou Abdelmalick, a, pour sa part, dressé le bilan de son mandat. Elle a mis en avant le travail de redressement administratif et financier mené au sein de l’organisation, évoquant un parcours exigeant, jalonné de nombreux défis, mais qui a permis de restaurer un équilibre institutionnel et de remettre CGLU Afrique sur une trajectoire plus stable. Son intervention a aussi été l’occasion de saluer les soutiens politiques et institutionnels qui ont accompagné cette phase de consolidation, notamment les autorités mauritaniennes et l’appui du Maroc.

Le président de l’Association des maires de Mauritanie, Bamba Ould Dermane, a quant à lui rappelé que cette assemblée se tenait à un moment charnière. Selon lui, les collectivités territoriales africaines sont aujourd’hui appelées à répondre à des enjeux de proximité de plus en plus complexes, dans des contextes souvent fragilisés. Face à une urbanisation rapide et à l’aggravation de crises climatiques, sociales et sécuritaires, les villes, communes et régions sont en première ligne. Leur rôle ne se limite plus à l’administration locale : elles deviennent des acteurs décisifs de résilience, de cohésion et d’innovation territoriale.

Cette analyse a trouvé un écho dans l’intervention du représentant résident du PNUD en Mauritanie, Mansour Ndiaye. Celui-ci a souligné que la réunion de Nouakchott intervenait dans un environnement international particulièrement exigeant, où les modèles classiques de gouvernance doivent céder davantage de place aux dynamiques locales. Il a ainsi réaffirmé l’importance de la coopération décentralisée et de la territorialisation des politiques publiques, deux leviers désormais considérés comme essentiels pour un développement durable, inclusif et adapté aux réalités des territoires africains.

Au cœur des échanges, un panel de haut niveau a permis d’approfondir l’un des thèmes les plus sensibles de cette édition : la diplomatie des villes et la coopération transfrontalière dans un contexte de crises multiformes. Modéré par François Menguélé, nouveau Secrétaire général de CGLU Afrique, ce panel a réuni plusieurs experts et responsables institutionnels, parmi lesquels Sidi Khalifa, Secrétaire permanent de l’Association des maires de Mauritanie, Chakir Mohammed de la Direction générale des collectivités territoriales du Maroc, ainsi qu’Elroy Africa, conseiller expert en décentralisation et gestion intégrée des frontières. Les discussions ont mis en lumière le fait que les collectivités territoriales ne sont plus de simples exécutantes de politiques centrales : elles s’imposent progressivement comme des actrices de diplomatie territoriale, capables d’intervenir dans la coopération régionale, la gestion des mobilités, la prévention des crises et la consolidation de la paix.

Les intervenants ont particulièrement insisté sur la coopération transfrontalière comme prolongement opérationnel de la diplomatie des États. Face aux défis sécuritaires, climatiques et migratoires, cette coopération apparaît comme un outil concret pour construire des réponses coordonnées entre territoires voisins. L’expérience marocaine, mise en avant à travers le Fonds africain d’appui à la coopération décentralisée internationale (FACDI), a illustré cette ambition. Ce mécanisme soutient en effet des projets de coopération Sud-Sud entre collectivités territoriales marocaines et africaines, montrant que la solidarité institutionnelle entre territoires peut devenir un puissant moteur d’intégration continentale.

Mais c’est la deuxième journée qui a cristallisé l’attention avec le renouvellement des instances de CGLU Afrique. Les délégués ont procédé à l’élection des membres du Conseil panafricain, de la Commission de gestion financière, du Comité exécutif et de la présidence de l’organisation. Ce scrutin était particulièrement attendu, tant il devait dessiner les équilibres politiques et régionaux appelés à structurer l’organisation pour les trois années à venir. Les invités d’honneur, parmi lesquels le président de CGLU Monde, Uğur İbrahim Altay, maire de Konya en Turquie, et la Secrétaire générale de CGLU Monde, Emilia Saiz, ont d’ailleurs tenu à réaffirmer le poids stratégique de l’Afrique au sein de l’organisation mondiale. Ils ont également invité la nouvelle équipe dirigeante à participer activement au Congrès mondial prévu à Tanger, au Maroc, du 23 au 26 juin 2026.

À l’issue du processus, l’Association des maires du Sénégal a été élue à la présidence de CGLU Afrique. Représentée par Oumar Ba, l’AMS prend ainsi la tête de l’organisation pour un mandat de trois ans, à la faveur d’un consensus entre les membres. Ce choix confère au Sénégal une responsabilité majeure dans l’orientation des politiques de plaidoyer, de coopération et de représentation des collectivités africaines sur la scène continentale et internationale. Il traduit aussi la volonté des membres de poursuivre la consolidation de l’organisation tout en renforçant son efficacité politique et institutionnelle.

La nouvelle présidence s’appuie sur un dispositif régional équilibré, avec cinq vice-présidences couvrant les différentes zones du continent. L’Afrique centrale sera représentée par les Communes et villes unies du Cameroun, l’Afrique de l’Est par le Comté de Kisumu au Kenya, l’Afrique australe par le Mazabuka City Council en Zambie, et l’Afrique du Nord par la Région de Nouakchott. Cette architecture témoigne de la volonté de préserver une représentativité géographique large, condition essentielle pour porter une parole africaine cohérente dans un espace continental aussi diversifié.

Les réseaux associés à CGLU Afrique ont eux aussi connu des évolutions. Le réseau des Jeunes élus locaux d’Afrique (YELO) a porté à sa tête la commune de Haouza, représentée par son maire Sidi Alal Boussid. En revanche, le Réseau des femmes élues locales d’Afrique (REFELA) et le Forum des Régions d’Afrique (FORAF) ont décidé de reporter le choix de leur gouvernance. Pour REFELA, une réunion est annoncée à la fin du mois d’avril 2026 dans la région du nouveau président de CGLU Afrique. Ces reports montrent que le renouvellement institutionnel est encore en cours dans ces composantes de la famille CGLU Afrique, mais aussi que les arbitrages sont traités dans une logique de concertation.

L’Assemblée générale de Nouakchott a également servi de cadre à la formalisation des candidatures africaines aux instances mondiales de CGLU. Parmi les noms avancés figurent Bheki Stofile, président de SALGA en Afrique du Sud, pour la co-présidence de CGLU Monde ; Fatiha El Moudni, maire de Rabat, pour la trésorerie ; Fatimetou Abdelmalick pour la présidence de la Commission Genre ; et Amadou Koné, de l’UVICOCI en Côte d’Ivoire, pour la vice-présidence de la Section Afrique de CGLU Monde. Ces candidatures traduisent l’ambition du continent de consolider sa présence dans les sphères internationales de décision sur la gouvernance locale.

Dès son installation, le nouveau président de CGLU Afrique a présidé la première réunion du Comité exécutif, tenue le 25 mars 2026. Dans son adresse inaugurale, Oumar Ba a lancé un appel à la cohésion et à la mobilisation de l’ensemble des membres. Il a insisté sur le caractère stratégique de CGLU Afrique dans l’architecture institutionnelle continentale et mondiale, tout en fixant comme priorité la préservation des acquis et le renforcement de l’intégration entre les différentes régions du continent. Ce discours d’entrée en fonction esquisse une présidence placée sous le signe du rassemblement, de la continuité et du renforcement du rôle politique de l’organisation.

L’un des moments les plus marquants de cette assemblée a été l’hommage rendu à Fatimetou Abdelmalick. En reconnaissance de son leadership, la présidente sortante a été élevée au rang de Présidente Émérite de l’organisation. Cette distinction, adoptée à travers une motion de reconnaissance, salue son engagement dans une période de redressement et de stabilisation de CGLU Afrique. Au-delà du symbole, cet hommage consacre un passage de témoin dans un climat d’estime institutionnelle, où continuité et renouvellement ont été mis en scène comme deux dimensions complémentaires du même projet.

Autre temps fort, la série d’hommages adressés à Jean Pierre Elong Mbassi, Secrétaire général sortant, a donné une profondeur particulière à cette Assemblée générale. Son engagement de plus de deux décennies en faveur du mouvement municipal africain et mondial a été salué par plusieurs composantes de l’organisation, du Comité exécutif à la Commission Culture, en passant par la direction de CGLU Monde et son successeur au Secrétariat général. Tous ont mis en avant l’héritage d’un bâtisseur dont l’action a durablement façonné l’architecture territoriale africaine et la reconnaissance des collectivités locales comme acteurs majeurs du développement.

Au final, l’Assemblée générale élective de Nouakchott dépasse le simple cadre d’un renouvellement statutaire. Elle confirme le repositionnement de CGLU Afrique comme un acteur politique de premier plan dans les débats sur la décentralisation, la gouvernance territoriale, la coopération interafricaine et l’intégration du continent. Avec l’arrivée de l’Association des maires du Sénégal à sa tête, l’organisation ouvre une nouvelle séquence, dans laquelle les attentes sont élevées : renforcer la voix des collectivités africaines, consolider leur influence dans les instances mondiales et faire des territoires des pôles de réponse crédibles aux crises contemporaines.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.