Élections communales 2026 au Bénin : Quand la démocratie locale se redessine entre défis et contentieux
Dans un contexte inédit de double scrutin – législatif et communal – tenu le 11 janvier 2026, le Bénin a connu une recomposition significative de son paysage politique local. Après la proclamation des résultats par la Commission Électorale Nationale Autonome (CENA) le 27 janvier, les partis de la mouvance présidentielle, l’Union Progressiste le Renouveau (UPR) et le Bloc Républicain (BR), ont largement dominé, capturant tous les sièges des conseils communaux. Cependant, ces résultats ont rapidement été l’objet de recours judiciaires, donnant lieu à des rectifications partielles par la Cour suprême, illustrant les tensions et enjeux d’une démocratie locale en plein renouveau.
Des résultats globaux tranchés : UPR et BR dominent chacun des conseils communaux
La CENA a publié les résultats définitifs des élections communales du 11 janvier 2026, confirmant une victoire sans partage des deux principaux partis politiques engagés dans la compétition. Sur les trois formations en lice, l’Union Progressiste le Renouveau (UPR), le Bloc Républicain (BR) et la Force Cauris pour un Bénin Émergent (FCBE), seuls les deux premiers ont atteint le seuil légal de 10 % des suffrages requis pour obtenir des sièges dans les 77 communes du pays.
- UPR: 1 328 475 voix (≈ 48,92 %), soit 963 sièges.
- BR: 1 206 390 voix (≈ 44,43 %), soit 852 sièges.
- FCBE: 180 663 voix (≈ 6,65 %), aucun siège.
Ce double leadership des partis de la majorité présidentielle traduit une domination territoriale quasi-totale, confirmée par une répartition presque équilibrée des mairies : l’UPR contrôle 39 communes, tandis que le BR en dirige 38.
Analyse des résultats de quelques communes
Cotonou : une domination presque écrasante de l’UP-R
À Cotonou, la capitale économique, les résultats proclamés par la Commission électorale nationale autonome (CENA) montrent une nette avantage de l’Union Progressiste le Renouveau (UP-R). Sur les 49 sièges du conseil municipal, l’UP-R en remporte 34, contre 15 pour le Bloc Républicain (BR). Aucun autre parti n’a obtenu de sièges.
Dans cette métropole dynamique et politiquement stratégique, l’UP-R a su capitaliser sur son réseau d’élus locaux et une structuration de terrain bien rodée. Des arrondissements comme le 5ᵉ affichent jusqu’à 65 % de voix en faveur de l’UP-R, reflétant l’ancrage local de ses leaders et leur capacité à mobiliser des électeurs autour des enjeux urbains (infrastructures, services de proximité), malgré un contexte général de forte concurrence entre les deux principaux partis.
En attendant la validation définitive par la Cour suprême, ce rapport de forces donne à l’UP-R une position de quasi-majeure influence municipale dans la capitale économique.
Porto-Novo : le Bloc Républicain domine la capitale politique
À Porto-Novo, ville à statut particulier et capital politique, c’est le Bloc Républicain (BR) qui prend l’avantage selon les résultats provisoires, remportant majoritairement les sièges du conseil communal face à l’UP-R.
La victoire du BR dans cette capitale politique s’explique par une forte mobilisation de ses structures locales, notamment dans les quartiers populaires et les zones périurbaines. Le parti a construit sa stratégie sur des promesses de gestion transparente des ressources locales et un discours axé sur la proximité avec les citoyens, ce qui lui a permis d’inverser l’hégémonie observée ailleurs dans le pays. Cette implantation reflète aussi des équilibres sociopolitiques régionaux propres à l’Ouémé, où le BR avait déjà une base électorale solide.
Abomey-Calavi : l’UP-R largement en tête
Dans la grande commune universitaire et économique d’Abomey-Calavi, l’UP-R a remporté une victoire sans surprise en obtenant 30 sièges, contre 19 pour le BR sur les 49 conseillers municipaux.
Cette commune stratégique, fortement marquée par une population étudiante et une jeunesse active politiquement, s’est révélée être un bastion solide pour l’UP-R. L’effort de mobilisation des associations de jeunes et des relais communautaires a manifestement porté ses fruits, consolidant l’image d’un parti capable d’articuler une vision locale autour d’innovations urbaines et de projets sociétaux. En attendant la contrôle juridictionnel de la Cour suprême, l’UP-R y conserve une forte légitimité pour diriger les affaires municipales.
Parakou : un succès notable du Bloc Républicain
À Parakou, grande ville du nord du pays, c’est également le Bloc Républicain qui l’emporte. Selon l’analyse des communes contrôlées, le BR est donné vainqueur, renforçant ainsi sa présence dans le septentrion béninois.
La victoire dans cette métropole du centre-nord témoigne de l’ancrage historique du BR dans les provinces, où ses discours sur l’accès aux services publics et les projets de développement local ont trouvé un écho favorable. Cette avancée est d’autant plus stratégique que Parakou est souvent perçue comme un baromètre de l’influence politique dans les régions intérieures du Bénin.
Allada : un bastion du Bloc Républicain à confirmer
La commune d’Allada, située dans l’Atlantique, figure parmi celles où le Bloc Républicain est déclaré vainqueur selon les résultats de terrain publiés.
Allada est une ville chargée d’histoire et d’identité culturelle. La victoire du BR traduit un réel ancrage du parti auprès des chefs traditionnels et des populations rurales-urbaines, où les préoccupations locales, liées à l’agriculture et aux infrastructures intra-communales, ont constitué des sujets déterminants du débat électoral.
Abomey : l’UP-R en position dominante
Dans la ville historique d’Abomey, haut lieu de l’ancien royaume, l’UP-R se positionne également en tête des résultats.
La victoire de l’UP-R à Abomey s’explique en partie par une mobilisation efficace de ses cadres locaux autour de projets de préservation culturelle, de tourisme et de valorisation patrimoniale, qui ont su séduire des électeurs soucieux de conjuguer tradition et modernité dans la gestion municipale.
Autres grandes villes : tendances régionales
Lokossa : domination du BR, qui y applique sa stratégie de proximité dans l’Atlantique sud.
Bohicon et Dassa-Zoumè : victoires de l’UP-R, marquant l’ancrage du parti au centre-sud.
Natitingou et Nikki : succès du BR dans des communes du nord.
Les résultats montrent une distribution territoriale où l’UP-R domine majoritairement dans le sud et le centre-sud, notamment dans les zones urbaines et périurbaines proches de hubs économiques, tandis que le Bloc Républicain renforce sa position dans l’intérieur du pays et certaines capitales régionales. Cette lecture géopolitique locale confirme une bipolarisation des forces dominantes, en attendant que la Cour suprême confirme officiellement les résultats définitifs pour chaque commune.
Contentieux et recours : la Cour suprême à l’épreuve des urnes
Malgré la proclamation des résultats par la CENA, des contentieux électoraux se sont multipliés, avec plusieurs recours introduits devant la Cour suprême du Bénin par des candidats ou partis estimant que certains résultats ne traduisaient pas fidèlement la volonté des électeurs.
Allada-centre : révision et redistribution des sièges
Un cas emblématique provient de l’arrondissement d’Allada-centre, où un recours des candidats de l’UPR a permis à la Cour suprême de rectifier la répartition des sièges initialement annoncée par la CENA. Après vérification, la décision a attribué trois sièges à l’UPR et deux au BR, inversant une partie des résultats.
Cette décision illustre l’intervention judiciaire au nom de la sincérité du scrutin :
- la Cour a considéré une permutation irrégulière de voixopérée au niveau local,
- elle a annulé l’élection d’un candidat déclaré élu initialement.
Dangbo : annulation d’un siège au BR
Dans une autre commune, Dangbo, la Cour suprême a invalide l’élection d’un conseiller communal du BR, jugeant que des irrégularités matérielles et procédurales avaient entaché le scrutin.
Ces décisions montrent que le contentieux électoral n’est pas anecdotique, même si l’impact global sur la répartition des conseils communaux reste limité.
Participation électorale : un défi persistant
L’une des limites notables de ces élections a été le faible taux de participation. Avec seulement 36,67 % des électeurs inscrits ayant voté pour les communales, l’adhésion citoyenne au processus démocratique local s’est avérée moindre que souhaitée.
Ce désintérêt relatif peut s’expliquer par plusieurs facteurs :
- la tenue simultanée des élections législatives,
- la fatigue électorale,
- une perception variable de l’importance des élections locales.
Conséquences politiques et défis pour la gouvernance locale
Avec une majorité écrasante de conseillers communaux issus des deux principaux partis de la mouvance présidentielle, la gouvernance locale risque d’être moins pluraliste qu’espéré par certains acteurs politiques et citoyens. L’absence de représentation significative de l’opposition locale (comme la FCBE) pose des questions sur les mécanismes de débat démocratique au niveau communal.
Les nouveaux conseils communaux devront rapidement s’atteler à des défis pressants :
- la gestion des services publics de proximité,
- l’amélioration des infrastructures locales,
- la participation citoyenne aux décisions.
Une gouvernance efficace dépendra en grande partie de la capacité des conseils à dépasser les clivages partisans pour répondre aux besoins concrets des populations.
Conclusion : une démocratie locale en construction
Les élections communales 2026 au Bénin ont offert un spectacle politique riche, marqué par une domination nette de l’UPR et du BR, mais aussi par des mécanismes judiciaires de contrôle des résultats. Entre résultats proclamés par la CENA et interventions de la Cour suprême, la démocratie béninoise montre sa capacité à gérer les contentieux électoraux, même si des progrès restent à réaliser, notamment en matière de participation citoyenne et de pluralisme local.
En définitive, ces élections constituent un test important pour la consolidation de la démocratie de proximité au Bénin, et les mois à venir seront décisifs pour évaluer l’impact réel des nouveaux élus sur la vie quotidienne des communautés.