Romuald WADANI dévoile un ambitieux Programme 2026-2033 pour un vrai développement durable à la base du Bénin

(Nécessité de créer un second niveau de décentralisation, la région x 6)

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Décentralisation et développement des territoires

Romuald WADANI dévoile un Programme 2026-2033 très ambitieux pour un vrai développement durable à la base du Bénin

(Nécessité de créer un second niveau de décentralisation, la région x 6)

Le Programme 2026-2033 de Wadagni-Talata place la question territoriale au cœur de sa vision de l’action publique. Là où la décennie écoulée est présentée comme celle des grandes réformes nationales, Romuald WADAGNI propose désormais d’ouvrir un nouveau cycle : celui du développement des territoires, avec l’ambition de faire descendre plus directement la croissance, l’investissement et les services au plus près des populations. Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de produire de la croissance à l’échelle nationale, mais de faire de chacun des six territoires un espace concret d’opportunités, d’emplois et de création de richesse. Le programme résume ce basculement par une formule forte : passer « d’une croissance nationale forte au développement de chaque territoire ».

Cette orientation repose sur une idée simple : les progrès macroéconomiques et les investissements structurants déjà réalisés doivent maintenant servir de levier pour territorialiser davantage le développement. Le candidat de la majorité présidentielle estime que cette nouvelle étape est nécessaire pour amplifier la création d’emplois et lutter plus efficacement contre l’extrême pauvreté. C’est dans cette logique qu’il propose la mise en place progressive de six pôles de développement territorial, conçus comme des espaces organisés autour des atouts propres de chaque zone du pays. Les six ensembles identifiés sont : Borgou-Alibori, Atacora-Donga, Zou-Collines, Mono-Couffo, Atlantique-Littoral et Ouémé-Plateau.

Une territorialisation assumée de la stratégie de développement

L’un des apports majeurs du programme 2026-2033 porté par WADAGNI 2026 est de ne pas aborder les territoires comme de simples circonscriptions administratives, mais comme des bassins de production, d’innovation et de services. Chaque pôle doit être structuré autour de cinq composantes stratégiques : une agriculture dynamisée, une base industrielle, une vocation touristique, un moteur d’innovation et une composante spécifique liée aux avantages comparatifs du territoire. À cela s’ajoute un socle commun : infrastructures physiques et digitales, capital humain adapté aux besoins des entreprises, promotion des PME et artisans, ainsi que mesures incitatives et fiscales pour stimuler l’investissement privé.

Cette architecture traduit une option claire : le développement territorial n’est pas pensé comme une simple déconcentration administrative, mais comme une politique de transformation économique localisée. Le territoire devient ainsi le point de rencontre entre les ressources locales, l’investissement public, le secteur privé et l’innovation. Le programme prend l’exemple du pôle Atlantique-Littoral, où se combineraient notamment la GDIZ et d’autres unités de transformation, la valorisation de Ganvié, Ouidah, Gogotinkpon et Avlékété, l’ancrage de Sèmè City à Ouidah, ainsi qu’une économie bleue fondée sur la pêche, l’aquaculture, la logistique portuaire, le transport fluvial et la protection du littoral.

Une gouvernance territoriale articulée entre niveau régional et niveau national qui nécessite un deuxième niveau de décentralisation

Le programme ne s’arrête pas à la carte des pôles. Il propose aussi une ingénierie de gouvernance. Sur le plan territorial, chaque pôle serait doté d’une Agence Régionale de Développement, chargée de coordonner les interventions, d’en garantir la bonne exécution et de suivre les résultats. Sur le plan national, une entité de pilotage rattachée à la Présidence de la République assurerait l’alignement des stratégies territoriales avec les priorités nationales. Cette double architecture traduit la volonté de combiner proximité opérationnelle et cohérence stratégique.

Mais le candidat Romuald WADAGNI, une fois Président de la République par la volonté du peuple béninois, doit aller plus loin en créant le niveau de décentralisation qu’est la région. En effet, l’orientation des politiques publiques dans le programme WADAGNI 2026-2033 se veut à la fois participative et régionale. Lors de sa présentation, le Candidat a mis l’accent sur la nécessité de consacrer tous les six semaines, une partie du conseil des ministres sur la vie et le développement de l’une des six régions de développement du pays. Or, créer six collectivités territoriales chargées correspondant aux six régions permettrait de leur transférer les compétences liées à la promotion de l’économie et l’aménagement des territoires de la région (agriculture, industrialisation, le tourisme, infrastructures structurantes, création d’emploi et l’innovation) et le bien être du citoyen. On aura ainsi, dans un maillage décentralisation/déconcentration, six régions animées par un conseil de région, un président de région et des élus régionaux d’une part (côté décentralisation), et un préfet de région ou gouverneur pour assurer la présence de l’Etat.

Les bénéfices attendus sont explicitement énoncés : développement du tissu local de PME, ancrage territorial des talents, amélioration de la compétitivité, hausse durable des revenus des ménages, accès élargi aux services de base, inclusion économique des zones rurales et meilleure résilience face aux chocs. Le document insiste aussi sur des effets tangibles dans la vie quotidienne : unités industrielles accessibles aux producteurs, hubs de formation de pointe dans les pôles, centres d’inclusion économique, numérique et sociale, ateliers d’excellence pour l’artisanat, et renforcement d’un secteur privé local mieux soutenu.

 

La décentralisation : de la commune-relais à la commune-acteur

La seconde grande option du programme concerne la décentralisation proprement dite, traitée dans une séquence spécifique intitulée : « Chaque commune, acteur clé du développement du Bénin ». Le texte part d’un constat : les communes ne seraient plus de simples relais administratifs, mais des collectivités progressivement modernisées par de nouveaux mécanismes d’action et d’investissement. Le programme met notamment en avant l’adoption du Code de l’administration territoriale, qui sépare les fonctions politiques et techniques dans les communes, ainsi que la mise en place des secrétaires exécutifs et d’autres fonctions administratives et techniques dans les mairies.

La vision s’appuie sur le renforcement des capacités techniques des communes de 2022 à 2026, avec près de 500 agents spécialisés mis à disposition dans des domaines comme les finances, la planification ou le foncier, ainsi qu’un effort financier significatif de près de 400 milliards de FCFA transférés aux 77 communes via le FADeC depuis 2016, avant la création du Fonds d’Investissement Communal (FIC), destiné à offrir plus de prévisibilité, de transparence, de péréquation et un accès plus large à des financements diversifiés. C’est sur ce terrain que le programme devient le plus intéressant politiquement. Il ne se contente pas de valoriser les acquis ; il propose de nouveaux instruments pour renforcer durablement l’autonomie financière des communes et approfondir la démocratie locale. Trois options ressortent avec netteté.

La première est la mise en place de contrats de performance entre l’État et les communes. Ces contrats reposeraient sur des objectifs clairs et mesurables, portant sur les services sociaux, la mobilisation des ressources locales et la qualité de la gestion. Ils seraient accompagnés d’un système de bonus financier. Cette option introduit une logique de décentralisation sous condition de résultats, où l’autonomie locale s’articule à une culture de la performance publique.

La deuxième option est le partage de la plus-value foncière. L’idée est que lorsqu’un territoire prend de la valeur grâce à des investissements publics – routes, marchés, équipements ou aménagements -, la commune puisse récupérer une partie de cette richesse nouvelle pour financer d’autres projets locaux. C’est une proposition importante, parce qu’elle cherche à transformer l’urbanisation, l’équipement et la valorisation du foncier en ressource locale durable. Elle peut renforcer l’autonomie budgétaire des communes, à condition d’être encadrée par des mécanismes transparents de gestion foncière.

La troisième option est le budget participatif, que le programme veut rendre obligatoire. Le texte le présente comme un mécanisme de démocratie participative permettant aux citoyens de proposer, débattre et orienter l’affectation d’une partie du budget communal. Les représentants des femmes, des jeunes, des ONG, des artisans, des commerçants, des producteurs ou encore des chefs traditionnels seraient associés à des comités citoyens de suivi. Le programme prévoit aussi un label national, « Commune participative », destiné à valoriser les collectivités exemplaires en matière de participation citoyenne et de transparence. Ici, la décentralisation n’est plus seulement une question d’administration ou de finances ; elle devient aussi une question de légitimité démocratique locale.

Des territoires mieux connectés pour mieux se développer

Le pari territorial du programme s’appuie également sur une série de leviers transversaux. Le document insiste sur la nécessité de désenclaver les territoires à travers des axes de connectivité Est-Ouest, des routes secondaires reliant les communes, ainsi que le développement du transport fluvial. Cette dimension est essentielle : sans mobilité des personnes, des biens et des services, il ne peut pas y avoir de véritable économie territoriale intégrée.

À cette logique de désenclavement physique s’ajoute un levier numérique. Le programme évoque 3 500 km de fibre optique reliant prochainement les 77 communes, ainsi que l’ambition de faire du numérique un levier transverse du développement national. Dans la perspective des pôles territoriaux, cette infrastructure digitale n’est pas secondaire : elle conditionne l’accès à la formation, aux services publics, à l’innovation, aux données et à l’attractivité économique des territoires.

Franck S. KINNINVO

Expert en communication et en gouvernance locale

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