100 jours des maires : Les fondations, en attendant les grandes réalisations?

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100 jours des maires de la cinquième mandature

Le temps des fondations, en attendant les grandes réalisations

Cent jours ne suffisent pas pour transformer une commune et imprimer sa marque en qualité de maire. Mais les cent premiers jours suffisent pour révéler une méthode de gouvernance et une capacité d’impulser une nouvelle dynamique à sa commune. Depuis leur installation à la tête des soixante-dix-sept communes du Bénin, les maires de la cinquième mandature de la décentralisation sont attendus sur un terrain nouveau : celui d’une gouvernance locale basée sur le Budget participatif, le contrat de performance avec l’Etat, une vision du développement local alignée sur la Vision Bénin ALAFIA  2060 et des acteurs communaux désormais appelés à mobiliser davantage de ressources propres. L’enjeu n’est donc pas seulement de dresser un inventaire des inaugurations, des visites de terrain ou des sessions des organes délibérants de la commune que le maire préside. Il s’agit d’apprécier si les nouveaux édiles ont commencé à poser les bases d’une commune de splendeurs, d’une mandature de résultats : meilleure amélioration des services sociaux de base, dynamisation de l’économie locale, meilleure gestion des déchets et de la salubrité même si c’est en relation avec la SGDS, amélioration de la sécurité de proximité, meilleure mobilisation des ressources, amélioration de la participation citoyenne citoyen et de la redevabilité publique, aménagement stratégique du territoire, prise en compte des enjeux du climat dans l’ensemble des politiques de la commune. Après tout, le maire reste et demeure la première autorité de la commune, celui qui répond d’elle.
 
Par Franck S. KINNINVO
Une nouvelle mandature dans un pays qui change d’échelle
Les élections communales de janvier 2026 ont ouvert une séquence institutionnelle particulière : installation de nouveaux conseils communaux, important renouvellement des maires, recomposition du paysage politique local et entrée dans une mandature de sept ans. Cette durée plus longue donne aux équipes communales une responsabilité accrue : elles ne peuvent plus se contenter d’une gestion des affaires courantes ou du quotidien ; elles doivent construire des trajectoires territoriales mesurables. Ce nouveau cycle intervient au moment où la Vision Bénin Alafia 2060 affirme le développement équilibré des territoires comme une orientation stratégique majeure. La commune devient ainsi l’espace où la vision nationale doit se traduire en écoles équipées et entretenues, en marchés fonctionnels et bien animés, en rues assainies et éclairées, en recettes mieux recouvrées, en politiques orientées vers l’emploi des jeunes, en femmes soutenues dans l’économie locale qui est dynamisée, en citoyens informés et acteurs majeurs de la vie de sa commune.
La création du Fonds d’Investissement Communal, dans la continuité des débats ouverts par le FADeC et les mécanismes de financement local, introduit une obligation supplémentaire : les maires doivent arriver au guichet du financement avec des projets mûrs, chiffrés, hiérarchisés, techniquement défendables et socialement utiles. Le FIC sera un accélérateur si les communes disposent de diagnostics sérieux, de plans d’investissement crédibles et d’une capacité d’exécution transparente.
Ce que les premiers bilans révèlent déjà
Dans plusieurs communes, les premiers actes ont porté sur les fondamentaux : prise de contact avec l’administration communale, tenue régulière des sessions du conseil communal et de supervision, mise en place ou relance des commissions permanentes, appropriation des dossiers en cours, état des lieux des finances, examen des projets non achevés, visites de terrain, messages de mobilisation aux populations et premiers signaux sur la salubrité, la sécurité de proximité ou l’état civil. Ces gestes peuvent paraître ordinaires ; ils sont pourtant décisifs lorsqu’ils ouvrent la voie à une administration communale plus lisible. Mais le bilan réel des 100 jours doit aller plus loin. Il doit répondre à une question simple : le maire a-t-il commencé à transformer son installation politique en feuille de route territoriale ? Un maire peut multiplier les audiences et les réunions sans gouverner ; il peut communiquer sans rendre compte ; il peut annoncer des priorités sans pouvoir les financer. Les 100 jours doivent donc être lus à travers une grille rigoureuse.
Le premier marqueur d’un bon bilan des 100 jours : la prise en main de l’administration communale par le maire
La prise en main de l’administration communale sans remettre en cause les responsabilités du Secrétaire Exécutif est le premier indicateur de la performance des nouveaux maires. A la suite de la réforme structurelle du secteur de la décentralisation au Bénin, le maire n’est plus directement le chef de l’administration communale. Cependant, le rôle de président du Conseil de supervision lui permet de réformer cette administration et de lui donner son impulsion en qualité de première autorité politico-administrative de la commune. Dans certaines communes comme Cotonou, le maire Luc GNACADJA a remis des lettres de missions à son administration, bras opérationnel des décisions des organes politiques, après un diagnostic participatif. Il s’agit donc de suivre et d’évaluer la mise en œuvre de ces lettres de missions. Il y a quelques années, le premier maire de Klouékanmè, Christophe Mengbédji avait mis en place un système de performance de l’administration communale. Un document qui indique les missions et les modalités de leur accomplissement. Cela lui a permis d’atteindre des résultats qui ont été salués par les acteurs nationaux et internationaux de la décentralisation. La légalisation séance tenante des actes d’état civil a été expérimenté au Bénin, pour la première fois dans le cadre de cette initiative. Ce geste et la mise en œuvre d’une stratégie de mobilisation des ressources appelée « opération marbre » a gravé à jamais, dans la mémoire collective béninoise le nom de Christophe Mengbédji comme un bon maire.
 
La quête d’une meilleure planification pour sa commune.
La plupart des observateurs de la vie communale semblent d’accord sur la nécessité d’améliorer la planification communale. La planification communale doit devenir un instrument de transformation territoriale, capable d’assurer les services sociaux de base aux populations, d’orienter les décisions publiques, de coordonner les interventions de l’État et des communes, de valoriser les potentialités communales et de mobiliser les ressources. A cela, s’ajoute le déploiement des outils de suivi-évaluation et de reddition de comptes. Le Plan de Développement Communal (PDC) ne doit plus être traité comme une formalité de cycle institutionnel ; il doit devenir le contrat stratégique entre le territoire, ses habitants, ses élus, son administration, l’État, les partenaires et les acteurs économiques locaux.
Dans un contexte national marqué par un nouveau référentiel national de développement, la Vision Bénin Alafia 2060, le PDC doit devenir l’outil de déclinaison locale de cette ambition nationale. Il doit dire comment chaque commune contribue, selon ses potentialités, ses contraintes et ses responsabilités, à la transformation structurelle du pays. De plus, le Programme WADAGNI-TALATA 2026-2033 renforce cette inflexion en proposant une dynamique d’intervention publique fondée sur six pôles de développement territorial. Cette approche part des avantages comparatifs des territoires, de l’industrialisation, du tourisme, de l’innovation, des infrastructures, du capital humain, de la promotion du tissu local d’entreprises, des mesures incitatives et de l’emploi local. Dans cette dynamique, le rôle des communes, collectivités territoriales à la base est davantage renforcé. Il ne saurait y avoir de développement régional durable sans un développement local. Ce changement d’échelle rejoint les travaux de Sen (1999, Development as Freedom), pour qui le développement ne se réduit pas à la croissance économique, mais correspond à l’expansion effective des capacités humaines. Le budget communal doit également être un instrument qui finance les services sociaux de base tout en restant ouvert au Partenariat Public-Privé sur certains investissements. Le budget doit impulser la création de la richesse locale en appuyant les acteurs dans la vision de faire croitre le volume de richesse, source de bien être pour les habitants et d’élargissement de l’assiette fiscale pour la commune.
Anticiper sur le Budget Participatif et les contrats de performance communes-Etat
Les 100 jours sont certes courts pour réellement évaluer les actions des maires. Mais ils doivent également servir à anticiper les réformes prévues par l’Etat. Les maires actuels sont installés dans une période où la demande de transparence est plus forte. La population veut savoir ce que la mairie fait, combien cela coûte, pourquoi tel quartier est prioritaire, pourquoi tel projet attend, comment les taxes sont utilisées et quels engagements seront tenus. La publication des décisions, la retransmission en directe des sessions qui ne requièrent pas le huis clos, les audiences publiques, les comptes rendus, l’utilisation des plateformes numériques, les émissions radio locales et les visites de reddition de comptes doivent devenir des pratiques ordinaires, non des événements exceptionnels. La communication communale doit être un service public local, pan important de la confiance et de la démocratie. Elle contribue à l’appropriation des politiques par les citoyens, elle doit expliquer les arbitrages, corriger les rumeurs, valoriser les résultats et reconnaître les retards. Le bilan des 100 jours devrait donc être publié dans chaque commune sous une forme simple : dix décisions prises, dix urgences identifiées, dix projets suivis, dix contraintes, dix engagements pour les six prochains mois.
Les maires doivent ainsi préparer leur commune à l’avènement des contrats de performance avec l’Etat et la mise en place du Budget Participatif (BP). Dans son programme de société, le Président de la République, Romuald WADAGNI a prévu la mise en place de contrats de performance entre l’État et les communes, avec des objectifs clairs et mesurables (services sociaux, mobilisation de ressources, bonne gestion) et un système de bonus financier. A cela s’ajoute le Budget participatif. Le budget participatif obligatoire instaure un mécanisme de démocratie participative permettant aux citoyens de proposer, débattre et orienter l’affectation d’une part du budget de leur commune. Il vise à renforcer la co-construction des politiques publiques locales et la prise en compte des priorités des populations. De façon spécifique les citoyens (représentants femmes, jeunes, ONG, artisans, commerçants, représentant des marchés, producteurs, chefs traditionnels, etc.) sont associés à des comités citoyens de suivi des projets, bénéficient d’actions de formation à la gouvernance locale et sont encouragés à promouvoir le respect de la chose publique. Un label national « Commune participative » sera créé pour valoriser les collectivités engagées dans des pratiques exemplaires de participation citoyenne et de transparence.
La mobilisation des ressources et l’accélération des procédures de passation des marchés publics communaux
La mobilisation des ressources constitue l’un des marqueurs les plus sérieux des 100 jours. Les communes disposent souvent de potentialités fiscales, non fiscales, domaniales, économiques et partenariales supérieures aux recettes effectivement recouvrées. Il s’agit de maintenir la croissance des ressources mobilisées et de faire des recommandations au Secrétaire Exécutif pour une célérité dans la passation des marchés publics de la commune.
Territorialiser les politiques de l’État
La régionalisation du développement oblige les maires à ne plus regarder les projets de l’État comme des actions extérieures à la commune. Routes, marchés modernes, zones industrielles, pôles touristiques, aménagements urbains et programmes agricoles modifient directement le destin des territoires. Le maire doit en tenir le registre communal : localisation, calendrier, responsabilités, emplois créés, effets sur les recettes, besoins d’entretien et actions complémentaires de la commune.
Installer une culture de l’économie locale et de l’emploi
Le développement communal ne peut pas se limiter aux infrastructures. Chaque investissement devrait répondre à une question économique : quels emplois crée-t-il ? quelles entreprises locales mobilise-t-il ? quelles recettes futures génère-t-il ? quels services améliore-t-il ? quelle chaîne de valeur soutient-il ? La commune doit devenir un accompagnateur de l’économie locale : marchés, artisanat, agriculture, tourisme, culture, numérique, entretien des infrastructures, métiers verts, travaux à haute intensité de main-d’œuvre et services de proximité.
Cette exigence est centrale dans les premiers 100 jours. Le maire doit identifier les filières prioritaires de sa commune, rencontrer les acteurs économiques et apporter des réponses aux besoins qui relèvent de ses compétences, mieux organiser les marchés et dynamiser les espaces économiques, soutenir la formalisation des acteurs, améliorer l’information sur les opportunités et faire de la commande publique un levier de développement local lorsque les textes le permettent.
Faire de la commune, le premier visage de la Vision 2060
Au fond, les 100 jours des maires actuels ne doivent pas être traités comme une simple actualité politique. Ils ouvrent une question plus profonde : quelle commune le Bénin veut-il construire pour porter la Vision 2060 ? La réponse se jouera dans les actes ordinaires : la qualité de la planification, la qualité des sessions communales, la discipline budgétaire, le suivi des chantiers, l’entretien des marchés, la célérité dans la fourniture des services administratifs, la qualité des services sociaux de base, la transparence des recettes, l’écoute des citoyens, l’attention aux plus vulnérables et la capacité à transformer le FIC en projets utiles. Cent jours ne font pas un mandat. Mais ils peuvent installer une culture, une dynamique. Si les maires du Bénin font de cette période le temps des fondations, alors la cinquième mandature de la décentralisation pourra devenir celle où la Vision Bénin Alafia 2060 descend enfin dans les arrondissements, les quartiers et les villages et éblouit les citoyens de ses splendeurs. C’est là que la décentralisation cessera d’être un concept pour devenir une expérience vécue par les citoyens.

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