ACCÈS À L’EAU POTABLE À KANDI : Kandifo, cœur d’un dispositif d’eau potable inédit au Bénin
À Sonsoro et Kassakou, commune de Kandi, un ouvrage inédit en milieu rural garnit majestueusement le paysage. Autour de l’unité de production de Kandifo, le système combine interconnexion, télégestion, stockage, plus de 300 kilomètres de réseau et 75 bornes-fontaines, avec l’ambition de rapprocher durablement l’eau potable des ménages.
Dans le nord du Bénin, l’accès durable à l’eau potable change d’échelle. Sous la maîtrise d’ouvrage de l’Agence Nationale d’Approvisionnement en Eau Potable en Milieu Rural (ANAEPMR), une série de réceptions provisoires concerne neuf Systèmes d’Approvisionnement en Eau Potable multi-Villages (SAEPmV) dans les départements de l’Alibori et du Borgou. À Kandi, l’un des ensembles les plus structurants s’organise autour d’une unité moderne de production implantée à Kandifo, conçue pour alimenter six SAEPmV et sécuriser la desserte de plusieurs localités.

Kandifo, point d’appui d’un système mutualisé
Selon les éléments techniques du projet, le dispositif est inédit au Bénin. La zone de Bensékou a été retenue en raison de la disponibilité de la ressource en eau, à l’issue d’études et de recherches destinées à identifier une source suffisamment fiable pour répondre aux besoins. Cette ressource doit permettre d’alimenter des secteurs où la disponibilité d’eau souterraine en quantité suffisante demeure plus difficile. Cette option traduit une approche de mutualisation : plutôt que de raisonner uniquement en multiplication de points d’eau isolés, le dispositif met en réseau des ouvrages de production, de transfert, de stockage et de distribution. La logique est celle d’un véritable service d’eau potable multi-localités, pensé pour soutenir la continuité de la desserte dans la durée.


Six SAEPmV, sept stations de pompage et une capacité évolutive
L’unité de production de Kandifo est dimensionnée pour alimenter six SAEPmV : Sonsoro 1, Sonsoro 2, Kassakou 1, Kassakou 2, Donwari 1 et Donwari 2. Le dispositif de production repose sur sept stations de pompage interconnectées. Cinq sont déjà équipées et deux autres sont prévues pour accompagner l’évolution du système. Les besoins de production sont évalués à 170,5 m³/h au premier horizon de dimensionnement (10 ans) et à 311,5 m³/h à l’horizon d’une vingtaine d’années. Les données recueillies sur le terrain indiquent par ailleurs un dimensionnement correspondant à 111 279 personnes à la date de référence et à 157 273 personnes à l’horizon de dix ans. Ces ordres de grandeur donnent la mesure d’une infrastructure appelée à évoluer avec la croissance démographique et avec la demande de service.
Après traitement, l’eau est acheminée vers les châteaux d’eau de Sonsoro et de Kassakou, avant d’être injectée dans les réseaux de distribution. Le dispositif doit, dans une prochaine phase, s’étendre au secteur de Donwari.



Plus de 300 kilomètres de conduites pour rapprocher l’eau des ménages
La dimension du projet apparaît également dans son réseau de distribution : plus de 300 kilomètres de conduites ont été déployés afin d’acheminer l’eau potable vers les différentes localités bénéficiaires. Soixante-quinze bornes-fontaines complètent le dispositif pour rapprocher le service des villages desservis.
L’étape suivante est celle du branchement particulier. Les bornes-fontaines doivent progressivement être complétées par des raccordements réalisés par le fermier chargé de la gestion et de l’exploitation du service sur le périmètre d’affermage. L’évolution est décisive : la borne-fontaine rapproche l’eau du quartier et du village ; le branchement particulier fait entrer le service dans la concession.
La politique publique de subvention du raccordement constitue, à cet égard, un levier important. Le coût du branchement particulier en milieu rural a été ramené à 10 000 FCFA, contre 85 000 FCFA auparavant. À Kandi, cette mesure est susceptible de faciliter l’adhésion des ménages et d’accélérer le passage progressif du point d’eau collectif au robinet familial.
Les deux principaux ouvrages de stockage accompagnent cette ambition. Les châteaux d’eau de Sonsoro et de Kassakou disposent chacun d’une capacité de 350 m³, avec une hauteur sous cuve de 21 mètres, afin de soutenir la distribution dans les zones bénéficiaires.


Télégestion : surveiller à distance un réseau multi-sites
Avec des ouvrages éloignés les uns des autres, la performance du service dépend autant de l’infrastructure que de la capacité à l’exploiter. Un système de télégestion a donc été intégré afin de superviser et de contrôler à distance les principales installations.
La technologie doit permettre de suivre le fonctionnement des stations de pompage, de réduire les déplacements inutiles des équipes techniques et d’améliorer la rapidité d’intervention en cas d’incident. Dans un réseau interconnecté, la continuité du service exige en effet une surveillance constante des équipements, une maintenance régulière et une capacité de réaction rapide dès qu’un dysfonctionnement menace le transfert de l’eau jusqu’aux usagers.


Une infrastructure inscrite dans une logique environnementale
Le projet intègre également une dimension environnementale. Selon les éléments présentés, un mécanisme de compensation accompagne les réalisations, notamment à travers des actions de reboisement destinées à contribuer à la compensation des émissions associées aux infrastructures.
Le recours privilégié à l’énergie électrique pour le fonctionnement des installations vise, en outre, à limiter l’usage des groupes électrogènes et les émissions liées aux énergies fossiles. L’objectif est d’inscrire les ouvrages hydrauliques dans une trajectoire de développement durable, conciliant amélioration du service, efficacité d’exploitation et prise en compte des enjeux climatiques.
Un don de parcelles au service de l’intérêt collectif
À Kandifo, la réalisation de l’infrastructure porte aussi la marque d’un engagement citoyen. Ali Imorou Abdou Aziz, opérateur économique, a mis des parcelles à disposition pour permettre l’installation du dispositif. Un geste qu’il relie directement aux difficultés d’accès à l’eau vécues par les populations, notamment pendant la saison sèche. « Le projet est venu nous voir pour demander le terrain pour la construction de l’infrastructure hydraulique. Au début, je ne savais pas que c’était quelque chose d’une telle envergure. Je suis fier d’avoir offert mes parcelles pour l’installation de ceci. La population souffrait beaucoup pour trouver de l’eau, surtout en saison sèche. Je suis prêt à en faire davantage pour que la population puisse être à l’aise. » Ali Imorou Abdou Aziz, opérateur économique. Au-delà de la dimension foncière, cette contribution rappelle que la pérennité des ouvrages dépend aussi de leur appropriation par les communautés, les acteurs économiques et les autorités locales.
« Notre souffrance est finie » : le soulagement des bénéficiaires
Pour les populations, les données techniques prennent un sens très concret. Dans les localités bénéficiaires, l’arrivée de l’eau potable met fin, pour certains ménages, aux longues distances parcourues pour s’approvisionner dans des sources précaires. Dogo Mohamed, imam, exprime sa reconnaissance : « Nous disons merci au gouvernement pour ce qu’ils ont fait pour nous ici. Avant, nous allions très loin pour trouver de l’eau dans le marigot. Nous remercions encore le gouvernement. » Gorogonon Aïssatou, ménagère, insiste pour sa part sur la responsabilité des usagers dans la préservation des investissements : « Nous allons prendre soin des ouvrages pour que d’autres puissent aussi bénéficier de ce genre de réalisations. Je remercie beaucoup le gouvernement pour ça. Notre souffrance est finie. »
Ces témoignages ramènent le projet à sa finalité essentielle : réduire la pénibilité de l’accès à l’eau, améliorer les conditions de vie des ménages et faire de l’infrastructure hydraulique un service réellement utile au quotidien.
À Sonsoro, l’enjeu désormais est aussi l’abonnement des ménages.
Pour les autorités locales, l’arrivée du service ouvre une nouvelle étape. Djouré Matchounga Bouraïma, représentant du Chef d’arrondissement de Sonsoro, salue une réalisation attendue et annonce un effort de sensibilisation afin d’encourager les populations à s’abonner. « Au nom du CA, je dis merci à l’État qui a œuvré pour que notre arrondissement soit ravitaillé en eau potable pour au moins 20 ans. L’eau est une source de vie et le gouvernement vient de nous l’offrir. […] Nous promettons de nous activer pour que l’ensemble des populations puisse s’abonner, en intensifiant la sensibilisation. » Djouré Matchounga Bouraïma, représentant du Chef d’arrondissement de Sonsoro. La déclaration met en lumière un facteur souvent décisif dans la réussite d’un réseau d’eau : l’adhésion des usagers. La durabilité ne dépend pas seulement du fonctionnement technique des ouvrages ; elle se joue aussi dans le nombre de ménages raccordés, l’usage régulier du service et la protection collective des installations.