GOUVERNANCE LOCALE ET TRANSFORMATION DES TERRITOIRES EN AFRIQUE
François Menguelé veut faire passer CGLU Afrique « du plaidoyer à l’action transformatrice »
Nommé en mars 2026 Secrétaire général de Cités et Gouvernements Locaux Unis d’Afrique (CGLU Afrique), François Menguelé porte une ambition forte : faire entrer le mouvement des collectivités territoriales africaines dans une nouvelle étape, davantage tournée vers les résultats, l’autonomie financière, la participation citoyenne, l’action climatique et la diplomatie des territoires. Dans son numéro 161 de septembre 2026, Hommes d’Afrique Magazine lui consacre un important dossier et un entretien que Le Municipal propose à l’attention de ses lecteurs et des acteurs de la décentralisation.
À la tête de CGLU Afrique depuis mars 2026, François Menguelé hérite d’une organisation qui occupe une place centrale dans la représentation des villes, communes, régions et autres collectivités territoriales du continent. Ingénieur-urbaniste de formation et spécialiste des politiques publiques et du développement territorial, il revendique plus de trois décennies d’expérience entre institutions internationales, gouvernements et collectivités locales. Son parcours l’a notamment conduit à intervenir pour la GIZ, l’Union européenne et l’Union africaine.
Mais au-delà du parcours de l’homme, c’est surtout la nouvelle doctrine d’action qu’il entend imprimer à CGLU Afrique qui mérite l’attention des acteurs de la décentralisation.
Changer de paradigme
François Menguelé succède à Jean-Pierre Elong Mbassi, qui aura joué pendant plus de deux décennies un rôle déterminant dans l’unification et la structuration du mouvement municipal africain. Le nouveau Secrétaire général reconnaît cet héritage tout en affirmant que le contexte mondial impose désormais une autre étape. Sa formule résume la mutation recherchée : « Nous devons passer du simple plaidoyer à l’action transformatrice. »
Dans l’entretien publié par Hommes d’Afrique Magazine, il expose plusieurs transformations structurantes : élargir le mouvement municipal à une véritable approche territoriale, améliorer la gouvernance interne de CGLU Afrique, replacer les citoyens dans la cocréation des politiques publiques, renforcer l’autonomie financière de l’organisation, redynamiser les bureaux régionaux et privilégier une véritable culture du résultat.
Cette évolution est significative. Pour le nouveau Secrétaire général, le citoyen ne saurait plus être considéré comme un simple consommateur de services publics. Il doit participer à la conception des politiques publiques, aux choix budgétaires et, plus largement, à la gestion des investissements qui transforment son cadre de vie.
L’autonomie financière, un chantier stratégique
François Menguelé pose également avec franchise la question du modèle économique de CGLU Afrique. Une organisation continentale des collectivités territoriales ne peut durablement dépendre des seules cotisations et des financements extérieurs.
Il fixe ainsi l’ambition d’atteindre 50 % d’autonomie financière à l’horizon 2031, notamment par le développement de services à forte valeur ajoutée : expertise, études de projets bancables, formation et constitution d’actifs.
Ce changement de modèle fait écho à une problématique plus large que connaissent les collectivités territoriales africaines : comment passer d’une dépendance structurelle aux transferts et aux partenaires à une véritable capacité de mobilisation de ressources et d’investissement territorial ?
Faire des collectivités des acteurs de la transition climatique
Un autre axe majeur de la vision présentée concerne la finance climatique territoriale.
Face à l’urbanisation rapide, à l’imperméabilisation des sols, aux inondations, à l’érosion du couvert végétal et aux défis de l’adaptation, CGLU Afrique entend mieux préparer les collectivités locales à accéder directement aux financements climatiques et à monter des projets crédibles et bancables. François Menguelé évoque notamment la perspective d’un marché carbone territorialisé, capable de mieux valoriser les contributions des communes et territoires à l’atténuation et à l’adaptation climatiques.
Il insiste également sur le développement de nouvelles compétences chez les jeunes et les élus locaux, estimant que la transformation durable des territoires suppose une véritable alphabétisation stratégique et technologique.
La diplomatie des territoires au service des États
L’entretien ouvre enfin un champ particulièrement intéressant pour l’avenir de la coopération décentralisée en Afrique : celui de la diplomatie des territoires.
François Menguelé récuse toute opposition entre collectivités territoriales et États centraux. Pour lui, la diplomatie territoriale est une diplomatie de proximité, de développement, de coopération transfrontalière et de prévention des conflits. Elle ne vise pas à concurrencer l’État mais à compléter son action, notamment dans les espaces frontaliers où les collectivités et les communautés locales sont directement confrontées à la gestion partagée des ressources, aux échanges économiques et aux enjeux de paix.
Cette vision s’inscrit dans les grands instruments continentaux que constituent notamment la Convention de Niamey sur la coopération transfrontalière et la Charte africaine des valeurs et des principes de la décentralisation, de la gouvernance locale et du développement local.
De la localisation à la territorialisation des ODD
L’un des apports les plus intéressants de l’entretien concerne enfin le passage conceptuel de la « localisation » des Objectifs de développement durable à leur « territorialisation ».
La nuance est fondamentale. Localiser les ODD pourrait laisser penser que les territoires se contentent de recevoir et d’appliquer des objectifs conçus ailleurs. Les territorialiser revient, au contraire, à reconnaître le territoire comme espace de conception, de responsabilité, de coopération et d’action collective, associant collectivités, administrations centrales, secteur économique et société civile.
C’est probablement là que se trouve l’un des messages les plus structurants de la nouvelle orientation de CGLU Afrique : l’Afrique ne réussira sa transformation que si ses territoires deviennent des espaces de décision, d’innovation, de création de richesses et de participation citoyenne.
À travers le dossier que lui consacre Hommes d’Afrique Magazine, François Menguelé apparaît ainsi moins comme le simple nouveau responsable d’une organisation panafricaine que comme le porteur d’une nouvelle génération de gouvernance territoriale africaine, dans laquelle collectivités fortes, citoyens acteurs, coopération Sud-Sud, autonomie financière, transition climatique et diplomatie territoriale sont appelés à former les piliers d’un même projet.
Le Municipal invite ses lecteurs, les élus locaux, cadres territoriaux, experts de la décentralisation, organisations de la société civile et partenaires du développement à découvrir cet entretien de fond avec le Secrétaire général de CGLU Afrique, publié dans le numéro 161 de septembre 2026 de Hommes d’Afrique Magazine en cliquant sur ce lien :